Peut-on penser l'objectivité sans l'espace?

Résumé : Les notions d'espace et d'objectivité sont si intimement liées dans notre schème conceptuel qu'il semble quasiment impossible d'avoir une conception d'un monde objectif, dont l'existence soit indépendante de l'expérience que nous en avons, qui ne soit pas un monde d'objet pris dans un système de relations spatiales. Selon la formule kantienne, l'espace est la forme du sens externe. Mais l'idée d'espace et celle d'objectivité sont-elles vraiment inséparables et si oui, quelle est exactement la nature de cette connexion intime qui les lie? Je voudrais ici essayer de poursuivre la réflexion sur le caractère nécessaire et premier de cette relation entre espace et objectivité, en prenant pour fil-conducteur une approche développée par le philosophe britannique Peter Strawson. Dans son ouvrage Individuals, Strawson se propose de décrire et d'analyser la structure générale de notre schème conceptuel. Il soutient que notre conception d'un monde objectif, dont l'existence soit indépendante de l'expérience que nous en avons, est celle d'un monde constitué d'objets matériels ? de particuliers objectifs réidentifiables ? pris dans un système de relations spatio-temporelles. Strawson se demande toutefois s'il est possible d'imaginer un schème conceptuel qui pourrait nous procurer un système de particuliers objectifs et réidentifiables, mais qui, à la différence du nôtre, ne ferait pas intervenir de schème spatial et n'aurait pas les particuliers matériels comme particuliers de base. Strawson a tenté de répondre à cette question en considérant le cas d'êtres dont l'expérience serait purement auditive Ainsi que le souligne Strawson, le but d'un tel exercice n'est pas de se livrer à des spéculations ésotériques sur des êtres hypothétiques mais de clarifier et d'approfondir notre compréhension de notre propre schème conceptuel. Strawson lui-même soutient que l'idée d'un monde objectif ne pourrait recevoir d'application dans l'expérience purement auditive de tels êtres hypothétiques à moins que cette expérience ne leur fournisse au moins un analogue de l'espace. L'analyse des conditions que doit satisfaire un tel analogue devrait nous éclairer sur la force du lien entre objectivité et espace et nous permettre de distinguer entre ce qui dans notre propre schème conceptuel présente un caractère nécessaire et ce qui est simplement contingent. Je commence par retracer dans ses grandes lignes l'analyse que Strawson propose de notre schème conceptuel dans le premier chapitre de son ouvrage. J'examine ensuite sa proposition sur ce en quoi pourrait consister un analogue de l'espace dans une expérience purement auditive et j'essaierai de montrer que cette proposition n'est pas satisfaisante. Je suggère alors une autre manière de construire l'analogie désirée et j'essaie d'en tirer un certain nombre d'enseignements quant à la nature de la relation entre espace et objectivité.
Type de document :
Chapitre d'ouvrage
Francis Wolff. Philosophes en liberté - Positions et Arguments 1, Paris : Ellipses, pp.46-66, 2001
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Contributeur : Elisabeth Pacherie <>
Soumis le : lundi 28 octobre 2002 - 17:16:10
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Document(s) archivé(s) le : samedi 3 avril 2010 - 20:17:50

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Elisabeth Pacherie. Peut-on penser l'objectivité sans l'espace?. Francis Wolff. Philosophes en liberté - Positions et Arguments 1, Paris : Ellipses, pp.46-66, 2001. 〈ijn_00000243〉

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