Matérialisme et réduction de l'esprit

Résumé : Les propriétés mentales ou cognitives sont des propriétés réelles au sens où elles ont des pouvoirs causaux propres, distinctes des pouvoirs causaux des propriétés des neurones individuels. Cela n'empêche pas qu'elles soient en principe réductibles : la réduction consiste dans la découverte des lois qui font émerger la propriété macroscopique. Ce modèle est censé couvrir tous les paliers de l'échelle qui va du microscopique au macroscopique, jusqu'à la détermination des propriétés mentales par l'ensemble des propriétés d'activation des neurones et de leurs interactions. Il est censé fournir une interprétation ontologique de la réduction : les réductions scientifiques sont fondées, non simplement sur l'existence de corrélations, mais sur la découverte de relations de détermination nomique des propriétés macroscopiques, à partir de leurs parties. Cela montre, à l'encontre de la thèse de Causey (1977), que l'identification n'est pas la seule manière satisfaisante d'interpréter la possibilité d'une réduction sur le plan ontologique. Cette conception est matérialiste en concevant toutes les propriétés réelles, y compris mentales, comme étant en principe réductibles. A la différence du modèle nagelien, notre conception exige que les lois en vertu desquelles les propriétés de haut niveau sont déterminées par les propriétés de bas niveau et leurs interactions soient elles-mêmes dérivables à partir des lois d'interaction de bas niveau. C'est cette contrainte qui garantit la matérialité des propriétés de haut niveau. Elle s'oppose à l'éliminativisme dans la mesure où elle reconnaît que les propriétés cognitives sont des propriétés réelles et causalement efficaces. Elle s'oppose à la théorie de l'identité dans la mesure où les propriétés mentales ne sont que déterminées, en vertu de lois de la nature, par les propriétés neurophysiologiques sous-jacentes, sans être identiques avec elles. Elle partage avec le physicalisme la conviction que tous les objets sont constitués uniquement de parties physiques ; cependant, il serait mal approprié de l'appeler « physicaliste » dans la mesure où elle suppose que nombre de phénomènes, notamment d'ordre psychologique, ne peuvent pas être expliqués même en principe dans le cadre de la physique : leur explication doit nécessairement faire appel à des propriétés non-physiques qui possèdent leurs pouvoirs causaux propres tout en étant réductibles. La relation entre le physique et le mental est, selon cette conception, moins étroite qu'une relation conceptuelle. Cela rend compte du fait clairement établi par Descartes que l'on peut concevoir l'existence du corps sans l'existence de l'esprit. Or cela n'empêche qu'il s'agit d'une relation qui a la force modale de la nécessité métaphysique : les mondes où il existe des zombies sont concevables mais ils sont métaphysiquement impossibles dans la mesure où de tels mondes violent les lois psychophysiques qui sont métaphysiquement nécessaires comme toutes les lois de la nature.
Type de document :
Chapitre d'ouvrage
Jean Dubessy, Guillaume Lecointre, Marc Silberstein. Les matérialismes (et leurs détracteurs), Syllepse, pp.309-339, 2004
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Contributeur : Max Kistler <>
Soumis le : lundi 29 novembre 2004 - 11:51:08
Dernière modification le : jeudi 11 janvier 2018 - 06:19:08
Document(s) archivé(s) le : samedi 3 avril 2010 - 20:40:32

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Max Kistler. Matérialisme et réduction de l'esprit. Jean Dubessy, Guillaume Lecointre, Marc Silberstein. Les matérialismes (et leurs détracteurs), Syllepse, pp.309-339, 2004. 〈ijn_00000551〉

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